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Couverture du roman Le Hamac et les Colibris, de Karine Baridon — une femme rousse allongée dans un hamac blanc sur fond turquoise, trois colibris de couleur au-dessus d'elle, et une comète traverse le ciel

Le Hamac et les Colibris. Roman de Karine BaridonChapitre 8 —
Le voyage en Bas-Valhalla

Épigraphes

Osa Johnson — J'ai épousé l'aventure*

Le texte

Ça y est, j'y suis ! Cette fois, c'est pour de vrai ! Mon rêve de toujours se concrétise enfin. Je pars à l'aventure en amoureux ! Mon cœur bondit de joie. Rien ni personne sur terre ne peut égaler mon bonheur.

Trois semaines après notre rencontre, on part en drak-car rejoindre son village de Haldorholm, dans le Soumerland. Derrière nous, on tracte son hobbit-cat en kit, pour en profiter sur les lacs du Bas-Valhalla.

Pendant que mon Viking me raconte sa vie en anglais, il caresse ma cuisse. La radio chante L'aventurier* : Et soudain surgit face au vent le vrai héros de tous les temps…

Le Viking ne le sait pas, mais tandis qu'il commente notre trajet, je m'imagine être Osa Johnson, l'auteure de J'ai épousé l'aventure, et lui, c'est Martin, son mari, deux explorateurs d'une époque révolue. Ou bien Christophine Colombe* sur la Santa Maria. Je rêve de découvertes ! J'ai hérité du goût des voyages… Tout mon imaginaire s'active. Bien sûr, ce ne sont ni les tropiques ni l'équateur, mais c'est tout comme ! Je suis l'héroïne de mes romans d'aventure****. Alors je scrute le paysage pour débusquer les elfes.

Lui — Regarde, on traverse les Plaines du Dessous de la Basfondie…

Moi — Ah oui ! C'est plat comme une crêpe ! Vas-y, continue, raconte-moi la suite.

Lui — Alors, après avoir divorcé, je suis sorti avec une femme qui regardait la télé tous les soirs. Ça ne pouvait pas coller. On a voyagé en Italie, elle aimait les hôtels de luxe. Ce n'était pas du tout mon truc. Son fils mangeait des glaces devant la télé. J'ai pas supporté, on s'est séparés. Regarde, ici c'est la Terre du Sous-Mer, la reine est une Völva*, elle a des visions.

Moi — Incroyable ! La légende est vraie ! (Je me garde bien de lui dire que moi aussi, j'ai des visions. Peut-être que je suis une Völva dans mon genre ? Oh, je sens que je vais me plaire ici !) Continue, où en étais-tu ?

Lui — Ah oui ! En hiver, j'ai refait toute ma cuisine, mais j'ai glissé sur une plaque de verglas et je me suis cassé la hanche.

(Normal, les hanches, c'est les fondations, il divorce, tout part en barigoule, et Zip ! Paf ! Patatras !)

Lui — Ici, on a gardé notre royauté, comme les British, et le Thing, l'assemblée du peuple : c'est à qui crie le plus fort ! On y va avec des boules Quies. L'Empire des digues intrépides, c'est notre république.

Moi — Waouh, vous êtes des poètes !

Lui — C'est la tradition, chez les Vikings, il faut du GLORIEUX, sinon rien.

Moi — C'est pour impressionner l'adversaire ? Hum… efficace ! Et après ? Que s'est-il passé ?

Lui — Pendant toute la pause planétaire du temps suspendu, lors de la sieste mondiale, je suis resté coincé chez moi en fauteuil roulant, sans pouvoir bouger. Alors, j'ai tout prévu ! J'ai ramené un caddie entier de conserves de beans, pour tenir tout l'hiver. J'ai fait mon stock de protéines pour reconstruire mes os !

Moi — Et ben* : condamné à manger des knackis et des flageolets froids, ça devait sentir un peu le chou quand même !… Et là, où sommes-nous ?

Lui — On arrive au Soumerland, ici la terre est en dessous du niveau de la mer.

Moi — Super ! J'ai amené mon masque et mon tuba ! La sirène n'a pas dit son dernier mot, 20 000 lieues sous les mers* n'ont qu'à bien se tenir, je suis d'humeur romanesque !

Lui — On ne va pas tarder à atteindre le royaume du Bas-Valhalla…

Moi — Le royaume du… ? À ce rythme, je vais finir par me prendre pour une princesse. Raconte la suite !

Alors, pour la faire courte, après sa convalescence, pour la fête mondiale des bises, en l'honneur de la délivrance du pyjama, il s'est jeté sur une mannequin chanteuse de jazz, de la moitié de son âge, pour flatter son ego. Mais elle a tenté de lui faire garder son môme, pendant qu'elle faisait la fête au festival de Glastonbury*. Fallait pas. Il est devenu jaloux comme un pou ! L'enfer, surtout pour lui ! Elle, visiblement, elle s'en foutait, trop contente de profiter de sa liberté musicale, avec ses copines décongelées.

Lui — On s'est séparés. Je n'allais pas faire la nounou, pendant qu'elle buvait des bières sans moi (j'imagine, sacrilège !) et sortait avec le chanteur du groupe de rock ! (Ah ben oui, forcément…) Et voilà, on est arrivés à Haldorholm ! Bienvenue dans mon royaume, comme mon nom le dit : Sverre af Haldorholm !

Moi — Oh là là, mais il n'y a que des consonnes, c'est imprononçable ! Ne te vexe pas si je t'appelle Vik le King !

Lui — Pas de problème, j'ai l'habitude, je suis un demi-dieu.

Il coupe le moteur devant son garage à bateaux pour décharger son hobbit-cat. Gentleman, il ouvre ma portière pour m'aider à descendre après 1 500 km. Tout feu tout flamme, mon Belmondo le Magnifique* me soulève et m'embrasse fougueusement, sans me laisser reprendre mon souffle.

Chapitre 8 du roman Le Hamac et les Colibris : dans son immense hangar, entre ses voiliers, ses cuivres et ses voitures de collection, le Viking montre fièrement à Coraline sa remorque igloo en bois, garée à côté de son 4×4.

Son havre de paix de 300 m² est irréel ! Tout ici est collector : voiliers vintage, cuivres patinés, voitures de collection… Il restaure tout lui-même ! On dirait le hangar de Thor*. Je m'attends à ce que les nains Brokkr et Sindri sortent le Mjöllnir du coffre. Le marteau magique qui détruit des montagnes et revient comme un boomerang entre les mains du demi-dieu. Surnommé Retour à l'envoyeur, il te revient toujours dans la figure, dans la tronche ou dans la gueule, tout dépend de l'émotion avec laquelle tu l'as lancé.

Lui — Ça nous servira de loft, les jours de mauvais temps. On dormira dans ma remorque igloo home made, que je tracte derrière mon drak-4×4, lors de mes expéditions au Nord Ultima. On ira ensemble découvrir Norborea, tu vas adorer !

Chapitre 8 du roman Le Hamac et les Colibris : tout en haut du phare reconverti en bureau, en plein jour, le Viking sourit et tend une tasse de café fumante, face à la mer, sous la grande lanterne, entre ses livres, ses écrans et sa longue-vue.

Moi — OK, si tu le dis. Et pourquoi tu ne mettrais pas une fenêtre avec vue panoramique sur le royaume des eaux pour éclairer le hangar ? Ce serait magnifique d'avoir une vue mer à 180 degrés !

Lui — Non, le mur est en béton armé pour protéger mes trésors des tempêtes… Il faudra sortir pour voir la mer. Les toilettes sont dans mon bureau à 500 mètres, tout en haut du phare. Viens, je vais te montrer, on pourra se faire un café avant de partir au camp des drak-cars, si on veut arriver avant la nuit.

Trente minutes après, on se pose sur un polder vert au pied des dunes ondulantes, à la lisière de la plage, en plein cœur d'une réserve naturelle d'oiseaux migrateurs. Ici, c'est le paradis : tout respire la chlorophylle et la paix. Le Viking est dans son élément.

Chapitre 8 du roman Le Hamac et les Colibris : 2 mains trinquent avec des bouteilles de bière aux étiquettes VIK et KING, face à la mer turquoise où de petits drakkars naviguent vers le soleil couchant, sous des nuées d'oiseaux.

Lui — Viens boire une bonne bière fraîche, on l'a bien mérité ! Comme tu vois, la baie est protégée par les digues, alors on navigue depuis qu'on est enfant. Les petits Vik rentrent au coucher du soleil en même temps que les nuées d'oiseaux****. Trinquons et profitons du spectacle !

Chapitre 8 du roman Le Hamac et les Colibris : au coucher du soleil, sous l'auvent face à la mer, Coraline aux longs cheveux auburn est blottie dans les bras du Viking torse nu, allongé sur une chaise longue en bois ; elle regarde, émerveillée, les nuées d'oiseaux qui rentrent dormir.

Moi — C'est vrai ! C'est magnifique ! Mon cœur fond devant tant de beauté ! Quelle poésie ! Je tourne la tête discrètement et verse ma larmichette. Je confirme, ça y est, j'y suis ! Mon rêve en amoureux a commencé. Cette fois, c'est pour de vrai ! Demain est un jour radieux. Vive l'aventure !

Un roman gratuit plein d'autodérision et d'humanité : un livre à lire en ligne ou à télécharger, avec son livre audio et ses chansons. Et si tu veux le soutenir, tu peux aussi l'acheter.

Thèmes du chapitre

Premier voyage en amoureux · road trip en amoureux au pays des Vikings · quand il parle de ses ex · une murmuration d'oiseaux au coucher du soleil · Osa Johnson, J'ai épousé l'aventure